Ryanair face au paradoxe 2026 : le carburant explose, les billets baissent
Malgré un bénéfice net annuel en hausse de 35 % à 2,26 milliards d’euros et une rentabilité record de 15,5 %, Ryanair refuse désormais toute prévision pour 2026-2027 face aux incertitudes géopolitiques et énergétiques. Pourtant, la compagnie reste l’une des mieux protégées du secteur avec 80 % de ses besoins carburant couverts à 67 dollars le baril jusqu’en mars 2027. Mais même cette couverture ne suffit plus face à un kérosène désormais proche de 150 dollars dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient.
Le phénomène le plus inquiétant concerne désormais la demande. Les passagers réservent plus tardivement et deviennent extrêmement sensibles aux prix. Ryanair, qui anticipait une hausse tarifaire proche de 10 %, a finalement dû baisser certains prix afin de préserver ses taux de remplissage.
Cette stratégie s’appuie aussi sur un rapport de force considérable : Ryanair exploite 647 B737 pour 13,95 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre environ 230 avions et 5 milliards pour Wizz Air, 45 avions et moins d’un milliard pour Volotea, ou 50 A220 et 750 millions pour airBaltic. Ryanair espère encore intégrer 300 B737 supplémentaires d’ici 2034 qui serait alors composée de 800 appareils.
L'analyse de l'APNA:
L’année 2026 pourrait devenir l’une des plus complexes pour le transport aérien depuis la sortie du Covid. Les compagnies subissent une hausse proche de 20 % de leurs coûts d’exploitation sous l’effet principalement du kérosène, mais aussi des taxes environnementales, des coûts de maintenance et des tensions géopolitiques, sans parvenir à répercuter cette inflation sur le prix des billets.
Le comportement des passagers change profondément. Les réservations deviennent tardives, opportunistes et extrêmement sensibles au prix. Cette élasticité de la demande touche particulièrement le low cost, dont le modèle repose sur des volumes élevés et une anticipation fine du remplissage.
Le paradoxe devient brutal : alors que faire voler des avions n’a jamais coûté aussi cher, certaines compagnies sont contraintes de baisser leurs tarifs pour maintenir leur trafic. Pour Ryanair, cette baisse peut aussi devenir une arme stratégique. Avec une trésorerie considérable, une flotte homogène et des coûts unitaires extrêmement faibles, la compagnie irlandaise peut accepter temporairement une pression sur ses marges afin d’accélérer la fragilisation de concurrents européens plus vulnérables comme Air Baltic, Volotea ou Wizz Air.
Derrière les excellents résultats 2025 apparaît ainsi une possible recomposition durable du paysage aérien européen autour de quelques acteurs capables de survivre à un kérosène structurellement cher et à une demande devenue beaucoup plus volatile.