Ryanair coincé entre ses ambitions et son modèle

Le bras de fer entre Ryanair et Aeroporti di Roma (AdR) s'est durci en 2026 : l'irlandaise gèle sa croissance à Rome, dénonçant des hausses tarifaires de +44 % à Ciampino et +15 % à Fiumicino d'ici 2028, ainsi qu'une taxe municipale qu'elle juge régressive.

En face, Wizz Air profite d'un accord d'incitations estimé à 18-20 M€/an pour dépasser Ryanair et devenir le deuxième transporteur de Fiumicino. AdR, qui vise 100 millions de passagers à l'horizon 2046 et un positionnement hub premium concurrent d'Istanbul, dit n'accorder aucune aide discrétionnaire et conteste les chiffres de coûts avancés par Ryanair.

L'analyse de l'APNA:

Le conflit romain révèle une contradiction fondamentale dans la stratégie de Ryanair. Le modèle ultra low-cost repose sur une équation de productivité serrée : flottes homogènes mono-type, sous-traitance au sol maximale, personnel réduit — un seul agent sol pour neuf navigants environ — et, surtout, une utilisation avion poussée à près de 4 500 heures de vol annuelles, contre 3 200 en moyenne chez les majors hubées.

Cette performance n'est possible qu'avec des rotations de 25 à 35 minutes porte à porte. Or sur un grand hub comme Fiumicino, ces 35 minutes ne couvrent souvent pas le temps de roulage. La compagnie perd ainsi l'avantage concurrentiel structurel qui justifie l'intégralité de son positionnement tarifaire.

S'y ajoute des redevances aéroportuaires sans commune mesure avec celles de Bergame-Orio, Charleroi ou Beauvais, aéroports secondaires bâtis économiquement autour du modèle low-cost. Ryanair à Rome, c'est donc un contre-emploi industriel : la compagnie y accepte des coûts d'infrastructure et une dégradation de productivité qu'elle refuse ailleurs, sans doute pour des raisons de visibilité commerciale. Le bras de fer avec AdR est réel, mais la vraie question est de savoir si Fiumicino est structurellement compatible avec le modèle ultra Low Cost— une interrogation que Wizz Air, moins dogmatique sur les aéroports secondaires, semble avoir tranchée différemment.

Source : https://www.air-journal.fr/2026-06-27-tarifs-incitations-et-plafonds-de-vols-rome-nouveau-front-du-conflit-ryanair-5275928.html

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