La France, boulet du ciel européen

Un rapport de la commission des Finances du Sénat dresse un constat accablant sur le contrôle aérien français : sur dix ans, la France a généré à elle seule un tiers des retards aériens européens imputables au contrôle aérien. 2025 a été une année noire, avec 6,6 millions de minutes de retard accumulées, dus aussi aux grèves des aiguilleurs du ciel. Les pertes financières pour les compagnies aériennes sont estimées à 840 millions d'euros.

La Direction des services de la navigation aérienne souffre de sous-effectifs chroniques, d'outils technologiques obsolètes et d'une organisation du travail rigide. Une vague de départs à la retraite touchant 30 % des effectifs est attendue entre 2029 et 2035, sans que le recrutement ne suive.

Conséquence directe : les compagnies modifient leurs routes pour éviter l'espace aérien français, survolant parfois l'Algérie plutôt que l'Hexagone entre l’Espagne et l’Italie. Sans réforme urgente, la France deviendra d'ici 2030 un point de blocage majeur du ciel européen, avec un manque à gagner estimé à 120 millions d'euros pour la DSNA elle-même — se pénalisant ainsi doublement.

L'analyse de l'APNA:

Ce rapport met en lumière une aberration structurelle que le texte effleure sans la nommer franchement : le statut schizophrène du Budget Annexe de l'Aviation Civile.

La DGAC se finance quasi intégralement via les redevances acquittées par les compagnies — environ 2 milliard d'euros en 2025 — pour un service mal rendu. C'est donc les usagers privés (compagnies aériennes) qui paie, et non le contribuable. Pourtant, Bercy conserve la main sur les plafonds d'emplois et les crédits d'investissement, au nom de la maîtrise des dépenses publiques et du statut de fonctionnaire des contrôleurs. Résultat : une administration dont les recettes dépendent du volume de trafic se retrouve empêchée de recruter en proportion de ce même trafic. Les compagnies financent un service qu'elles ne peuvent pas exiger, subissent des retards dont elles ne sont pas responsables, indemnisent des passagers pour des causes extérieures, et voient leurs appareils contourner le territoire français — réduisant au passage les redevances que la DSNA percevra l'année suivante.

La boucle est parfaitement absurde. La seule issue crédible est de transformer la DSNA en agence indépendante, soustraite aux contraintes de la fonction publique et pilotée par ses recettes réelles. Tant que Bercy tiendra les cordons d'une bourse qu'il ne remplit pas, le système continuera de s'autobloquer.

Source : https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/exclusif-apres-lannee-noire-de-2025-le-nouveau-bilan-au-vitriol-du-controle-aerien-tricolore-2238906?utm_source=substack&utm_medium=email

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