Joint-venture transatlantique : quand Delta et United redessinent le rapport de force
L’année 2025 marque une rupture : Delta Air Lines et United Airlines écrasent désormais le reste du secteur aérien américain.
À elles deux, elles captent près d’un quart des bénéfices mondiaux du transport aérien, avec une profitabilité portée par une stratégie cohérente sur dix ans : montée en gamme massive, densification rentable des cabines Business et Premium Economy, investissements technologiques, conquête commerciale et optimisation de hubs situés au cœur des grandes métropoles américaines à haut pouvoir d’achat alors que la croissance du trafic aérien Etats-Uniens s'est arrêtée et le marché domestique s'est contracté.
Sur les neuf premiers mois de l’année, Delta (3,8 Md$) et United (2,3 Md$) cumulent 6,1 Md$ de bénéfices nets. Sans elles, les huit autres grandes compagnies américaines affichent collectivement 650 M$ de pertes.
Les alliances deviennent un multiplicateur de puissance :
Delta tire Air France-KLM et Virgin Atlantic via la joint-venture atlantique.
United tire Lufthansa Group (et bientôt ITA) dans sa dynamique.
American soutient British Airways/Iberia dans Oneworld.
La logique est limpide : « Les forts deviendront encore plus forts ». Les faibles, eux, peinent à suivre et voient leurs marges disparaître. Ainsi, les low-cost américaines, notamment Spirit, sont en restructuration sévère.
L'analyse de l'APNA:
La réalité est que dans l’aérien mondial, l’indépendance n’existe plus – seules comptent les positions dans les écosystèmes gagnants.
La joint-venture atlantique Delta/AF-KLM/ Virgin Atlantic constitue déjà la première source de revenus long-courriers du groupe AF-KLM. Mais lorsque Delta capte 70 % du trafic sur Atlanta, Detroit ou Minneapolis et domine New York, la puissance de traction commerciale pour Air France-KLM est majeure.
C’est un effet d’entraînement concret : des passagers en correspondance plus nombreux, des cabines premium mieux remplies, une stabilité de revenu incomparable par rapport aux compagnies européennes isolées.
Ceux qui ne font pas partie d’une Joint-Venture solide tels que SAS ou TAP, n’ont aucun relais de croissance en période de crise, ce qui explique la consolidation européenne en cours dans les compagnies dites "Legacy" européennes.
Suivant la montée en gamme d'Air France, Delta et United ont démonté un tabou : l’Economy ne paie plus les avions dans les compagnie Major : Les marges viennent du Premium. Delta vise un renversement historique : d’ici 2027, ses revenus premium dépasseront ceux de l’Economy.
Alors que les transporteurs américains profitent d’une réglementation favorable et d’un marché intérieur ultra-premium avec des passagers aupouvoir d’achat qui s’est massivement creusé entre USA et Europe, l’Europe continue d’imposer taxes, contraintes, et fragmentation réglementaire.
Le marché aérien de l'Atlantique Nord dépend donc de plus en plus des passagers Nord-Américains.