Pilote embarqué de drone ou ingénieur-système ? Ce que l'IA prépare pour les successeurs des B737 et A320
Dans Les Echos (21 juillet 2026), Benjamin Smith, DG d'Air France-KLM, décrit un groupe qui traite la donnée comme un actif stratégique depuis plus de soixante ans (prévision de la demande, revenue management, optimisation des opérations). Cette antériorité, illustrée par la maintenance prédictive Prognos (plus de 80 compagnies utilisatrices), lui a permis d'aborder l'IA générative en position de force : plus de 120 cas d'usage depuis 2023, une vingtaine d'applications GenAI d'ici fin d'année, plusieurs millions d'euros d'impact attendu en maintenance.
Le cœur de métier — faire voler, entretenir, accueillir — reste selon lui non substituable, mais l'IA redéfinit efficacité, personnalisation et réactivité. Front principal : la relation client, menacée par les agents d'IA comparateurs d'offres, ce qui valorise les actifs du groupe (données, connaissance client, canaux). Sur l'emploi, trois convictions : transformation progressive, 70 % de la valeur créée par l'humain, compétences nouvelles accessibles à tous. À l'appui : des milliers de collaborateurs formés et plus de
11 000 utilisateurs mensuels de Talia, le ChatGPT interne sécurisé.
L'analyse de l'APNA:
Le propos est rassurant et juste sur son périmètre, mais s'arrête là où il devient décisif pour les pilotes : les successeurs des B737 et A320. La rupture se joue dans deux interfaces — homme-machine (systèmes d'aide à la décision à autorité croissante) et machine-avion/sol (connectivité et délégation vers les centres opérationnels). Conséquence : le pilote glissera vers un rôle, soit de pilote embarqué de drone, soit de gestionnaire de systèmes, selon qu'il aura su faire évoluer ses compétences, dont la valeur tiendra au diagnostic et à l'arbitrage — exactement ce que Ben Smith décrit pour le groupe, transposé au cockpit.
Ce que l'IA fait à la relation client, elle le fera demain au poste de pilotage : elle ne supprime pas l'humain, elle déplace sa compétence d'un cran. D'où deux chantiers déjà engagés : l'APNA, avec le CNAM, fait valider les études de pilote pour la moitié des ECTS de cinq diplômes d'ingénieur et prépare un diplôme d'ingénieur pilote ab initio ; et des travaux débutent pour introduire l'IA dans l'analyse en temps réel des compétences en simulateur — même logique prédictive que Prognos, appliquée à la formation. La condition n'est pas de résister à l'automatisation, mais d'évoluer assez vite pour rester celui qui gouverne les systèmes. Les intéressés sont les bienvenus.