Ormuz : même la paix ne suffira pas à effacer le choc énergétique mondial
Même en cas d'accord entre les États-Unis et l'Iran, le détroit d'Ormuz ne retrouvera pas rapidement son fonctionnement normal. Les armateurs exigent des garanties de sécurité, les risques de mines et les dommages aux infrastructures pourraient maintenir des perturbations pendant plusieurs mois. L'Agence internationale de l'énergie estime que la remise en service complète des installations énergétiques prendra du temps, tandis que plusieurs pays investissent déjà dans des itinéraires alternatifs.
Les conséquences économiques sont déjà visibles : ralentissement de la croissance mondiale, tensions inflationnistes, hausse des taux de la Banque centrale européenne et fragilisation du pouvoir d'achat. Si la Chine a temporairement limité les tensions en puisant dans ses réserves stratégiques, les institutions internationales redoutent désormais une crise alimentaire, Ormuz concentrant près de 30 % du commerce mondial des engrais. La Banque mondiale alerte également sur le risque d'une aggravation de l'insécurité alimentaire dans les pays émergents.
L'analyse de l'APNA:
La crise d'Ormuz démontre qu'en matière énergétique, un cessez-le-feu ne signifie pas un retour immédiat à la normale. La remise en état des infrastructures, la sécurisation des routes maritimes et le retour de la confiance des armateurs pourraient nécessiter de nombreux mois. Shell évoque un délai d'un an, voire davantage, tandis que l'AIE alerte sur des stocks mondiaux de pétrole proches de niveaux critiques avant le pic estival.
Pour le transport aérien, les conséquences sont majeures. Le carburant constitue l'un des premiers postes de coût des compagnies. Or la pénurie durable de capacités de raffinage fait exploser le jet crack spread, c'est-à-dire l'écart entre le prix du baril de pétrole brut et celui du kérosène, passé d'environ 20 dollars à 120 dollars au plus fort de la crise, et qui varie actuellement autour des 70/100$. Ainsi, même si le baril de pétrole se stabilise autour des 80$, le carburant aérien demeure exceptionnellement cher à plus de 150$ le baril.
Pour les compagnies aériennes, dont le carburant constitue l’un des principaux postes de dépenses, cette situation peut représenter une hausse des coûts d’exploitation de l’ordre de 20 %. Air France-KLM en apporte une illustration concrète : malgré des augmentations de tarifs et de surcharges carburant, le groupe estime son surcoût à près de 2,4 milliards de dollars en 2026. Ces difficultés s’ajoutent aux contraintes spécifiques européennes – ETS, réglementations environnementales et retards du contrôle aérien – qui dégradent encore la compétitivité des transporteurs européens et risquent, à terme, de se répercuter sur les prix payés par les passagers et donc des pertes de parts de marché et d'emplois européens.