L'Espagne monétise ses touristes, la France taxe ses avions

En 2025, l'Espagne a engrangé environ 135 Md€ de recettes touristiques internationales, contre 71 Md€ pour la France, alors même que la France restait première destination mondiale en volume (102 millions de visiteurs). Un touriste étranger y dépense près de 1 300 € par séjour, contre 700 à 760 € en France : la France attire les foules mais « sous-monétise ».

Cet écart se double d'une divergence sur le transport aérien, qui achemine les visiteurs les plus dépensiers. À l'été 2025, la France était le seul grand marché européen en recul sur les lignes intra-européennes (-1,5 %), avec 1,3 million de passagers perdus, tandis que l'Espagne captait le report de trafic.

La dynamique espagnole se confirme au 2ᵉ trimestre 2026 : dépenses touristiques en hausse de plus de 8 % et PIB touristique de +3,4 %, selon Exceltur. Sur l'année, le secteur devrait croître de 2,7 % (contre 2,3 % pour le PIB national) et peser 12,9 % du PIB. Portée par l'image d'une « destination sûre » et par la montée en gamme (+3,6 % de nuitées en 4 et 5 étoiles), l'Espagne pourrait franchir les 100 millions de visiteurs sur l'année, malgré les risques géopolitiques (détroit d'Ormuz, énergie).

L'analyse de l'APNA:

Paradoxe français : dotée d'un patrimoine hors du commun — côtes, villes d'art, montagne, ruralité —, la France se fait damer le pion par une Espagne qui a fait le choix assumé d'un tourisme rémunérateur plutôt que de brider les déplacements.

Tout se joue sur l'aérien, qui achemine les visiteurs les plus dépensiers. Le 1ᵉʳ mars 2025, la taxe de solidarité sur les billets a triplé (de 40 € en classe Y à 120 € en J en long-courrier) : une fiscalité punitive et non fléchée vers la décarbonation, portée par des écologistes qui ne croient pas à la capacité de l'avion à se décarboner. L'Espagne fait l'inverse : les redevances d'Aena, plafonnées à 11,03 € en 2026, restent parmi les plus basses d'Europe, jusqu'à 60 % sous Roissy ou Francfort.

Or le passager long-courrier est celui qui reste le plus longtemps et dépense le plus, surtout dans son premier pays visité. C'est cette clientèle à forte valeur que Paris décourage à l'entrée quand Madrid la choie. En taxant l'accès plutôt qu'en misant sur la montée en gamme, la France sacrifie un rendement touristique durable à un rendement fiscal immédiat — l'arbitrage inverse de celui qui vaut à l'Espagne 64 milliards de dépenses attendues pour le seul été.

Source : https://www.air-journal.fr/2026-07-15-hausse-record-des-depenses-touristiques-lespagne-attire-et-encaisse-5276281.html

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