L'après-Canadair : la flotte de demain se décide aujourd'hui
Face à une flotte hors d'âge — douze Canadair de trente ans, dont trois seulement étaient opérationnels à l'été 2024 — la France mène un double mouvement. À court terme, elle achète canadien : quatre DHC-515 (deux signés en 2024, deux au PLF 2026), à environ 91 M€ TTC l'unité. Mais les livraisons — 2028 puis 2032-2033 — sont très incertaines : la chaîne, arrêtée depuis 2015, n'est qu'embryonnaire (en mars 2026, seul le fuselage avant du premier appareil était assemblé). Le Sénat parle d'un risque « avéré », d'autant que les méga-feux nord-américains pourraient détourner les livraisons.
En parallèle, l'État finance trois projets français : le Kepplair 72 (ATR 72, 7 500 L, 2027), le FF72 amphibie de Positive Aviation (35 M€, fin 2028) et l'hydravion Frégate-F100 d'Hynaero (10 t, service visé 2032). S'y ajoute le kit anti-incendie de l'A400M (20 t, vol de nuit). Au-delà de l'innovation, l'enjeu est de bâtir une filière souveraine sur un marché mondial estimé à 2 Md$ d'ici 2034.
L'analyse de l'APNA:
La polémique sur les commandes de nouveaux Canadair, confirmées ou infirmées, se heurte à une réalité : une chaîne de production arrêtée depuis dix ans et des compétences largement disparues. La vraie question — faut-il investir fortement dans les trois projets français novateurs, alors que le Canadair ne sera peut-être pas prêt avant le premier appareil français, le KE72 de Kepplair déjà en phase de certification ? — mérite d'être posée sereinement, plutôt que de devenir l'objet d'une surenchère politique.
Quoi qu'il en soit, l'enjeu de l'investissement dans la prévention et l'extinction dépasse de loin celui des seules flottes d'avions. Les incendies dans le monde émettent chaque année de l'ordre de 3 gigatonnes de carbone, soit environ un tiers des émissions fossiles humaines — dix fois les émissions de l'aviation mondiale. L'arbitrage des investissements de décarbonation ne souffre donc pas la contestation.
En attendant les moyens aériens à venir, le kit A400M — jusqu'à 20 t larguées en une fois contre 6 000 L pour un Canadair, au prix d'un largage moins précis que celui des avions dédiés — serait utile. Surtout, il nous faut intégrer les feux dans les priorités de la stratégie climatique.
Source : https://lessentieldeleco.fr/6603-apres-le-canadair-la-bataille-des-successeurs/