Ciel ouvert : l'Europe doit cesser d'ouvrir son marché sans contrepartie
L'Europe découvre sa double dépendance — terres rares chinoises et services numériques américains (IA, cloud, paiements). Dans ce nouveau contexte, le commerce mondial change de nature : la résilience doit désormais primer sur l'efficience, car la géopolitique a contaminé l'économique, et les interdépendances sont « arsenalisées ».
L'UE dispose d'outils — instrument anti-coercition, projet d'accélération industrielle — mais manque de crédibilité et reste divisée. Reconnaître que l'ouverture s'est payée d'une dépendance dangereuse, c'est admettre que l'Europe a bradé son marché sans exiger de réciprocité. L'ère de la « mondialisation heureuse » est révolue ; l'autonomie stratégique reste à construire, et le temps presse.
L'analyse de l'APNA:
À la Commission comme au Parlement européen, la fin de la mondialisation heureuse n'est pas assimilée : on s'accroche à la taxation écologique de l'aérien et aux droits des passagers, quand ces mesures anticoncurrentielles détruisent nos compagnies au profit des transporteurs extra-européens. L'Europe a ouvert le ciel, les réseaux, les marchés publics ; en face, la Chine verrouille ses terres rares et les États-Unis nos données. La symétrie n'a jamais existé, et Bruxelles le savait. Le plus troublant est l'entêtement du Parlement : une institution éclaboussée par le Qatargate, dont la porosité aux intérêts étrangers a été judiciairement établie, défend encore le « ciel ouvert » sans réévaluer une politique qu'elle sait inéquitable. Quand l'ouverture profite toujours à ceux qui ne rendent rien, la frontière entre aveuglement idéologique et arrangement d'intérêts devient floue. L'autonomie stratégique restera un slogan tant que l'UE ne conditionnera pas l'accès à son marché à une contrepartie réelle. Il est temps de remettre en cause les accords de ciel ouvert avec le Qatar et de protéger nos marchés aériens des prédateurs du Golfe.