Cumul emploi-retraite : la règle pour les navigants, l'exception pour ceux qui la votent

Les syndicats des personnels navigants, pilotes et PNC, s'opposent unanimement à la réforme du cumul emploi-retraite (CER) applicable le 1er janvier 2027 à tous les salariés en France, sauf aux danseuses de l'Opéra, aux militaires et policiers et aux élus. La CER modifierait notamment les règles de la Caisse de Retraite du Personnel Navigant (CRPN) : les revenus perçus après liquidation des droits (chômage et indemnités maladie compris) viendraient en déduction de la pension, avec déduction totale avant 64 ans et abattement de 50 % du dépassement au-delà de 7 000 € bruts jusqu'à 67 ans. La tutelle exige en outre l'application de toutes les recommandations de la Cour des comptes avant le 1er janvier, faisant passer la CRPN sous dépendance de l'Urssaf, qui perdrait le contrôle de ses 5 milliards de réserve.

Les syndicats dénoncent un « siphonage » d'une caisse autonome de droit privé, financée par les seules cotisations, que convoiterait Bercy. Leur argument : les navigants subissent des limites d'âge réglementaires (55 ans pour les PNC, 60 pour les pilotes, extensibles à 65) et des exigences médicales permanentes. Côté pilotes, le SNPL juge les recommandations « dangereuses », qualifie tout alignement sur le régime général de « ligne rouge infranchissable » et appelle à la « mobilisation de tous ». Un arbitrage de Sébastien Lecornu est attendu avant fin juillet ; à défaut, une grève générale des compagnies françaises est annoncée en pleine saison estivale.

L'analyse de l'APNA:

Il y a une ironie difficilement soutenable à voir des responsables politiques légiférer sur le cumul emploi-retraite après s'être extraits des dispositifs préservant leurs propres règles. On peut débattre d'une économie ; on défend mal qu'elle soit conçue par des gens qu'elle n'atteindra jamais. L'asymétrie devient indécente face aux navigants : le cumul d'un élu relève d'un choix, le leur d'une contrainte. Un pilote ou un PNC peut prolonger jusqu'à 65 ans au-delà de la limite de base (55 et 60 ans), mais sous seule condition d'aptitude médicale — exigence permanente qui impose parfois l'arrêt avant l'heure. Il ne maîtrise ni le terme de sa carrière, plafonné par la loi, ni sa continuité, suspendue à une visite médicale. C'est bien parce qu'elle est ainsi bornée qu'ils se sont dotés, sans un euro public, d'un régime adapté : la CRPN. Que le SNPL y voie une « ligne rouge infranchissable » dit l'ampleur du malaise. Aux défenseurs de la réforme, on concédera que les finances publiques justifient de fermer des niches ; mais l'exemplarité devrait commencer par le haut, et non fragiliser des équilibres sociaux bâtis au fil des ans pour un trou budgétaire de court terme.

Source : https://www.tourmag.com/Aerien-pourquoi-une-menace-de-greve-plane-sur-le-ciel-francais-en-aout_a132620.html

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