Choc pétrolier et concurrence du Golfe : le double piège du transport aérien européen

La guerre en Iran provoque un choc majeur pour le transport aérien mondial. La désorganisation des hubs du Golfe, la flambée du kérosène et les risques de pénurie fragilisent fortement les compagnies aériennes. Le prix du carburant est passé d’environ 700 dollars la tonne avant le conflit à 1500 dollars aujourd’hui, faisant grimper le carburant de 25% à 45 % des coûts d’exploitation. Face à cette explosion des coûts, les compagnies tentent d'augmenter les prix des billets et de supprimer les vols les moins rentables.

Pour Paul Chiambaretto de la Chaire Pegase, « ce niveau de prix, c’est la nouvelle normalité », les capacités de raffinage du Golfe ayant été durablement réduites par les frappes iraniennes.

Le secteur se heurte désormais à la forte élasticité-prix de la demande, particulièrement dans le low cost : les réservations ralentissent dès que les tarifs augmentent, obligeant parfois les compagnies à brader certains billets pour remplir les avions.

Les low cost apparaissent les plus exposées, car elles disposent de peu d’amortisseurs financiers contrairement aux Majors bénéficiant des classes premium et des programmes de fidélité. Mais il existe de fortes disparités : Wizz Air cumule faible couverture carburant et problèmes moteurs Pratt & Whitney, tandis que Ryanair affichait encore une marge opérationnelle proche de 11 % fin 2025.

L'analyse de l'APNA:

Cette crise révèle deux temporalités pour le transport aérien.

À court terme, l’enjeu est celui de la trésorerie : les compagnies peu couvertes contre le risque carburant subissent un choc immédiat de liquidités. D’où les demandes de reports de charges sociales, fiscales et de cotisations CRPN afin d’éviter faillites et restructurations dès la prochaine saison creuse.

Mais à moyen terme, un kérosène durablement cher devient un problème structurel. Une hausse proche de 20 % des coûts d’exploitation ne peut être absorbée par une industrie dont les marges restent faibles : environ 4 % pour Lufthansa, 6 % pour AF-KLM et 15 % pour IAG en 2025 pourtant année record.

Le véritable défi sera donc d’augmenter les prix sans casser la demande. Cette équation menace particulièrement le low cost, très sensible aux variations tarifaires, mais aussi le moyen-courrier des compagnies Legacy européennes, où les références tarifaires imposées par les low cost ont généralisé la sensibilité au prix.

À cela s’ajoute désormais le retour offensif des compagnies du Golfe. Après les perturbations régionales, elles reconquièrent déjà leurs parts de marché avec des politiques tarifaires extrêmement agressives. Les compagnies européennes risquent ainsi d’être prises en étau entre explosion des coûts énergétiques, fiscalité croissante et dumping des compagnies du Golfe largement soutenue par leurs États.

Source : https://www.air-journal.fr/2026-05-09-resultats-historiques-emirates-recompense-ses-131-000-employes-avec-20-semaines-de-salaire-5275038.html

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