Rafale : Quand le court terme politique engage le long terme industriel
L’Inde a validé l’acquisition de 114 Rafale supplémentaires auprès de Dassault Aviation pour environ 33 milliards d’euros. Cette commande porterait le total à 176 appareils indiens.
À ce jour, le Dassault Rafale totalise 557 commandes (234 France, 323 à l’export).
Clients export :
Inde : 62 (+114 envisagés)
Égypte : 55
Qatar : 36
Grèce : 24
Croatie : 12
Émirats arabes unis : 80
Indonésie : 42
Serbie : 12
Avec la commande indienne, le Rafale atteindrait 671 exemplaires, devenant l’avion européen le plus exporté.
Comparaison :
Eurofighter Typhoon : 769 commandes (dont ~570 pour les nations du consortium, soit 199 à l’export).
Saab JAS 39 Gripen : 323 commandes.
L’Inde exige 60 % de production locale : ligne d’assemblage à Nagpur, MCO à Hyderabad, transferts avec Safran et Thales.
L'analyse de l'APNA:
Le succès du Rafale est celui d’une filière complète, souveraine, cohérente.
Mais l’histoire industrielle impose la lucidité.
La ligne d’assemblage de l’Airbus A320 à Tianjin a ouvert en 2008. Le COMAC C919 a été lancé en 2008 et a effectué son premier vol en 2017. L’assemblage local précède toujours l’émancipation technologique.
L’Inde demande aujourd’hui 60 % de valeur locale, des transferts moteurs, des capacités d’intégration d’armements nationaux. C’est logique du point de vue indien.
À nous de protéger nos briques critiques.
Autre réalité : les ventes de Rafale au Moyen-Orient se sont accompagnées d’accords globaux incluant des droits de trafic accordés aux compagnies locales. L’export militaire s’inscrit dans une diplomatie économique élargie.
Dans nos démocraties à échéances électorales courtes, la tentation existe de vendre le long terme pour sécuriser un bénéfice politique immédiat. L’industrie aéronautique, elle, raisonne sur 40 ans.
Le Rafale est un succès stratégique majeur. Il doit rester un levier de puissance durable, pas un accélérateur involontaire de nos futurs concurrents.