Ormuz fermé, kérosène à +150 % : Ryanair prévient : la fin des billets à bas prix ?
Ryanair prévient que l'ère des billets ultra-bas pourrait toucher à sa fin. En cause : la flambée du kérosène, dont le baril est passé d'environ 82 dollars en février à 202 dollars aujourd'hui (+150 %), après la fermeture du détroit d'Ormuz — par où transite 20 % du pétrole mondial. Son PDG Michael O'Leary anticipe une hausse significative des tarifs si les cours restent élevés, jugeant « les trimestres de décembre et mars totalement incertains ».
La compagnie est pourtant couverte à 80 % de ses besoins jusqu'en mars, à 67 dollars le baril ; mais les 20 % restants s'achètent au prix fort, ce qui érode son avantage concurrentiel. Résultat : un bénéfice trimestriel en baisse de 34 %, des réservations plus tardives, des prix bradés pour remplir les avions et un programme hivernal réduit.
Tout le secteur encaisse le choc. Lufthansa annule des dizaines de milliers de vols ; easyJet a revu ses prévisions financières à la baisse ; Wizz Air, très exposée à l'Europe de l'Est et au Moyen-Orient, souffre sur ses lignes les plus longues ; Air Baltic traverse déjà une restructuration financière et cherche un financement d'urgence pour survivre. Aux États-Unis, la low-cost Spirit Airlines a cessé son activité. O'Leary lui-même prédit que deux ou trois compagnies européennes pourraient faire faillite d'ici l'automne.
L'analyse de l'APNA:
Les chiffres expliquent l'inquiétude d'O'Leary… et pourquoi il pourrait en sortir gagnant. Le baril de kérosène a bondi de ~82 à ~202 dollars (+150 %). Couverte à 80 %, Ryanair ne subit le prix libre que sur 20 % : sa facture carburant grimpe d'environ 30 % (0,2 × 150 %). Comme le kérosène pèse près de 30 % des coûts, la base de coûts gonfle d'environ 9 points — de quoi amputer des deux tiers une marge nette d'environ 15 % en 2025. Cohérent avec la chute de 34 % déjà constatée.
Mais la même crise est une arme. Mieux couverte que ses rivales et assise sur un bénéfice record de 2,26 milliards d'euros, Ryanair encaisse là où les fragiles décrochent : Spirit a disparu, airBaltic emprunte à un taux d’intérêt de 25 %, Volotea réduit sa flotte de 30% . La flambée du kérosène fait le tri, en faveur de la low-cost la plus solide.
Dernière ironie : en pleine alerte sur la fin des tarifs cassés, O'Leary vient de faire valider un plan de sa rémunération à plus de 150 millions d'euros, conditionné au doublement du cours d'ici 2032. On ne parie pas là-dessus si l'on croit à l'effondrement du modèle. Le signal est réel pour les passagers ; pour Ryanair, il sonne surtout le début d'une consolidation dont elle entend sortir survivante et gagnante.