Orly : Air France transfère les opérations à Transavia : l’aboutissement tardif d’une mutation annoncée depuis 2008
Après quatre-vingts ans d’exploitation à Aéroport de Paris-Orly, Air France met fin à ses opérations point-à-point domestiques au profit d’un recentrage sur son hub de Aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle et d’un transfert vers sa filiale low-cost Transavia France.
Cette décision s’inscrit dans une érosion structurelle du trafic domestique : concurrence du TGV, restrictions réglementaires, baisse des déplacements professionnels et montée en puissance du low cost, qui représente désormais près des deux tiers du trafic intérieur (hors correspondances hub).
Les chiffres illustrent cette rupture : entre 2019 et 2023, le trafic a chuté de 14,9 % vers Nice, 35,9 % vers Toulouse et 28,2 % vers Marseille, rendant ces lignes structurellement déficitaires pour un modèle traditionnel.
Transavia reprend les créneaux à Orly avec une offre adaptée aux nouveaux usages (fréquences moindres mais prix plus bas), tandis qu’Air France renforce les liaisons domestiques depuis CDG pour alimenter son réseau long-courrier.
Ce basculement acte la fin du modèle historique de la Navette et l’entrée dans une logique duale hub + low cost.
L'analyse de l'APNA:
Ce que certains présentent comme une rupture est en réalité l’exécution tardive d’une stratégie conceptualisée dès 2008 par Jean-Cyril Spinetta : face à un déficit structurel supérieur à 200 M€ sur le domestique, trois options existaient — alignement des coûts (socialement explosif), sous-traitance ou création d’une filiale low cost. Il aura fallu dix-huit ans pour trancher.
Entre-temps, le marché a parlé sans ambiguïté : effondrement du trafic affaires, pression réglementaire, et bascule massive vers le low cost.
Les chiffres sur Nice, Toulouse et Marseille ne sont pas conjoncturels, ils traduisent une transformation durable de la demande.
Dans le même temps, les politiques publiques ont accéléré cette décroissance, comme nous l’avions analysé, fragilisant encore un modèle domestique déjà sous tension.
Le recentrage sur CDG est industriellement cohérent : c’est là que se crée la valeur via le long-courrier.
Mais confier Orly au low cost entérine une segmentation durable du transport aérien français.