La crise des motoristes devient le principal frein de l'aviation mondiale

L'IATA, par la voix de Willie Walsh, accuse frontalement les grands motoristes de ne plus être en mesure de fournir des moteurs fiables et en quantité suffisante, tout en affichant des marges supérieures à 20 %. Les défaillances techniques et les retards de livraison auraient coûté près de 11 milliards de dollars aux compagnies aériennes en 2025. Environ 750 avions demeurent immobilisés faute de moteurs disponibles ou réparés, tandis que près de 18 000 appareils restent en commande dans le monde.

Cette situation entraîne un vieillissement de la flotte mondiale, dont l'âge moyen dépasse désormais 15 ans, augmentant les coûts de maintenance et la consommation de carburant. Emirates critique également Rolls-Royce sur la durabilité de certains moteurs d'A350-1000 et conditionne ses futures commandes à une amélioration de leur fiabilité. À l'inverse, Embraer estime que les difficultés rencontrées sur ses E2 motorisés par Pratt & Whitney sont en voie de résolution et entend profiter des retards d'Airbus et Boeing pour gagner des parts de marché. Plus largement, l'industrie européenne prépare déjà la prochaine génération d'avions, où l'innovation moteur constituera l'enjeu technologique majeur.

L'analyse de l'APNA:

Depuis plusieurs décennies, les avionneurs étaient considérés comme le principal facteur limitant de la production aéronautique. La situation s'est inversée : ce sont désormais les motoristes qui constituent le véritable goulet d'étranglement de l'industrie mondiale. Leur modèle économique, fondé non pas sur des ventes de première monte de moteurs peu rentables mais sur une maintenance extrêmement lucrative, crée une dépendance durable des compagnies aériennes, qui supportent simultanément immobilisations, surcoûts et retards.

Cette crise dépasse la seule question industrielle. En empêchant le renouvellement rapide des flottes, elle retarde les gains de consommation de carburant et donc les objectifs de décarbonation. Paradoxalement, les compagnies sont pénalisées par des réglementations environnementales de plus en plus coûteuses alors même que les technologies censées réduire leurs émissions n'arrivent pas au rythme prévu. L'avenir de l'aéronautique ne dépend donc plus seulement des performances des futurs avions, mais de la capacité des motoristes à redevenir des partenaires industriels fiables, capables d'assurer simultanément innovation, disponibilité et compétitivité.

Source : https://www.latribune.fr/article/transports/2432481261264214/arretez-de-nous-ranconner-le-message-tres-direct-de-willie-walsh-iata-aux-motoristes-aeronautiques

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