Chine, Compagnies du Golfe : ils ne jouent pas au même jeu que nous
Les déséquilibres internationaux reviennent au premier plan avec l'envolée des exportations chinoises et le gonflement des excédents de Pékin. Le FMI y voit un défaut de coordination macroéconomique et prescrit : que la Chine consomme plus, que l'Europe investisse davantage, que les États-Unis réduisent leur déficit. Le diagnostic se révèle incomplet : ces déséquilibres traduisent en fait des stratégies profondément différentes et difficilement conciliables. L'objectif chinois n'est pas le bien-être du consommateur, mais la production : autosuffisance dans les secteurs essentiels, puis supériorité industrielle et technologique (« Made in China 2025 », 15e plan). Le levier : les effets de taille, d'apprentissage et les processus cumulatifs — véhicules électriques, batteries, panneaux solaires. Conquérir des parts de marché mondiales est une condition nécessaire ; les surcapacités, un prix à payer pour éliminer les concurrents. Le modèle repose sur un double transfert : à l'intérieur, les ressources vont au productif au détriment des ménages ; à l'extérieur, le consommateur étranger profite de prix très bas, payés ensuite par la perte de capacités industrielles, de compétences et par la dépendance. Face à un multilatéralisme affaibli, il nous faut limiter nos dépendances, adapter nos taxations anti compétitives, limiter leur accès aux marchés et les transferts de technologie.
L'analyse de l'APNA:
Le ciel raconte la même histoire. Ce que la Chine fait à l'industrie, les compagnies du Golfe — Emirates, Qatar Airways, Etihad — le font au transport aérien, en s'engouffrant dans la naïveté du libre-échange européen. Fonds souverains, carburant, hubs, commandes d'avions par centaines : une concurrence dopée à la subvention, qui siphonne les 500 millions de passagers européens. Le résultat défie le bon sens. Trois compagnies captent près de 10 % du trafic aérien mondial (passagers-kilomètres, IATA), alors que les nationaux du Qatar et des Émirats — 1,5 million d'habitants — pèsent moins de 0,02 % de l'humanité : un poids aérien cinq cents fois supérieur à leur poids démographique. Même mécanique de prédation : la rente pétrolière finance l'assaut ; le passager européen savoure des tarifs cassés, avant d'en payer la facture — transporteurs laminés, emplois détruits, dépendance aux hubs du Golfe. La leçon de la tribune s'applique mot pour mot : on ne peut plus jouer le jeu ouvert du commerce quand l'adversaire joue à détruire. La naïveté (ou la corruption ?) européenne des accords de Ciel ouvert avec la Qatar a un prix : nos emplois.
Source : https://www.aerobuzz.fr/transport-aerien/airbaltic-reduit-fortement-sa-flotte-dairbus-a220/