Après les plans sociaux dans l’automobile : la même erreur de l’Allemagne pour l’aérien
À l'approche de la visite de l’émir Mohamed ben Zayed des EAU à Berlin le 9 septembre, l'European Cockpit Association (ECA) demande à l'Allemagne de ne pas accorder de nouveaux droits de trafic aux compagnies des Émirats sans garanties d'équité concurrentielle, d'emploi et de standards sociaux.
Emirates vise des liaisons quotidiennes vers Berlin et Stuttgart, au-delà de ses quatre dessertes allemandes historiques ; une solution intermédiaire de sept vols hebdomadaires supplémentaires circulerait dans les cercles gouvernementaux, sans décision officielle à ce stade. L'ECA pointe deux distorsions majeures : l'accès toujours ouvert des transporteurs du Golfe à l'espace aérien russe, fermé aux compagnies européennes depuis 2022, qui raccourcit leurs routes vers l'Asie ; et le risque de voir les flux européens durablement captés par des hubs extérieurs au continent — Dubaï, Doha, Abu Dhabi —, au détriment des plateformes, des compagnies et des emplois européens. L'ECA réclame une méthode d'évaluation constante avant toute ouverture de lignes : effets sur les hubs, l'emploi, les normes sociales, la concurrence réelle et l'autonomie stratégique de l'Europe.
L'analyse de l'APNA:
Le dossier Emirates n'est pas une querelle de créneaux : c'est le énième symptôme du dogme européen du libre-échange, où le prix du billet tient lieu d'intérêt général. L'Allemagne est en passe d’arbitrer encore pour le court terme. Elle l'a déjà fait dans l'automobile : en refusant de protéger le marché européen de l’automobile pour préserver temporairement ses parts de marché en Chine, elle a ainsi préparé le plan social record de Volkswagen d’environ 100 000 suppression d’emplois. Le même logiciel appliqué à l'aérien produira les mêmes dégâts.
La solution est pourtant évidente : soit ouvrir tous espaces aériens à tous, soit fermer les aéroports de l'Europe des 27 à toute compagnie qui survole la Russie. À défaut, l'Europe se tire une balle dans le pied. Les transporteurs chinois, dispensés de contourner la Russie, ont ainsi capté près de 80 % du marché Europe-Chine grâce à des routes plus courtes et moins coûteuses. Les compagnies du Golfe ont le même objectif, capter le marché des 500 millions d’européens au bénéfice de leurs 1,5 millions de ressortissants.
L'ECA — organe représentatif des pilotes européens depuis 1991, partenaire social reconnu de l'UE — est pleinement dans son rôle en dénonçant ces distorsions. Ouvrir son ciel à des acteurs qui ne jouent pas avec les mêmes règles n'est pas du libre-échange : c'est un renoncement