Kérosène à 185 $ : pourquoi les majors encaissent quand les low-cost coupent

Ryanair signe un mois d'août solide avec 22,2 millions de passagers (+6% sur un an) et un remplissage quasi maximal de 96%, malgré plus de 400 vols annulés en Sicile à cause de l'Etna. Mais le groupe irlandais abaisse sa prévision de trafic pour l'exercice 2027 (clos le 31 mars) de 216 à 214 millions de voyageurs, afin de réduire son exposition à la fraction de kérosène non couverte durant la saison hivernale, structurellement déficitaire dans le court-courrier européen.

La compagnie annonce avoir sécurisé environ 80% de ses besoins en kérosène, mais achète les 20% restants aux conditions du marché. Cet arbitrage de capacité pourrait alléger les pertes de l'hiver de 70 à 100 millions d'euros, et le groupe table sur un trafic hivernal globalement stable d'une année sur l'autre, tout en prédisant la faillite de ses concurrents.

L'analyse de l'APNA:

Depuis février, le kérosène a bondi d'environ 120%, passant de 82$ en février à près de 185 dollars le baril, sur fond de tensions au Moyen-Orient. Les comptes semestriels en portent la marque : 1,22 milliard de dollars de pertes cumulées pour les trois majors chinoises, 99,2 millions d'euros de perte pour TAP malgré un trafic record, seul IAG tenant une rentabilité à deux chiffres.

Face à ce choc, les moins couverts dans leurs achats de kérosène taillent dans le vif : airBaltic et Volotea sabrent chacun près d'un tiers de leur flotte. Ryanair se borne à retirer deux millions de passagers — moins de 1% de son programme.

La crise révèle une segmentation de l'élasticité-prix. La clientèle premium des majors, peu élastique, absorbe en partie la hausse ; celle des ultra-low-cost, largement des voyageurs d'opportunité, y réagit fortement. Or Ryanair fait exception dans son modèle : avec une marge opérationnelle proche de 15% avant crise, il dispose d'un matelas que ses rivaux n'ont pas. Plutôt que relever ses tarifs, il peut les maintenir grâce à ses couvertures carburant et en rognant sa marge pour absorber les 20% de kérosène non couverts — pariant sur les défaillances de Wizz Air, airBaltic et Volotea pour capter, à la sortie de crise, les marchés qu'ils auront cédés.

Source : https://www.air-journal.fr/2026-09-03-carburant-ryanair-coupe-deux-millions-de-passagers-de-ses-previsions-2027-5277283.html

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