airBaltic : la décroissance comme dernière chance

airBaltic renonce à son rêve de grandeur. La compagnie lettone, qui visait une flotte de 100 Airbus A220-300, n'en exploitera plus que 40 en 2031 — et seulement 36 dès la fin 2026, contre 54 aujourd'hui. Un tiers de la flotte sacrifié en dix-huit mois. Motifs invoqués : demande en berne, incertitudes géopolitiques liées à l'Ukraine et au Moyen-Orient, coûts élevés et pénurie de moteurs Pratt & Whitney. Ayant commandé 90 A220 fermes, airBaltic devra négocier avec Airbus l'annulation ou le transfert de ses créneaux de livraison d’avions. La capacité offerte d’airBaltic reculera de 9,6 à 8,7 milliards de sièges-kilomètres l'an prochain, avant une prévision d’un lent rebond vers 10,5 milliards en 2031. Le modèle se replie sur Riga, s'accroche à l'ACMI et à une recapitalisation d'urgence de 225 M€ soumise au bon vouloir des créanciers — après un emprunt obligataire lancé en 2024 à un taux d'usure de 14,5 %. Le mirage du milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2031 est censé faire oublier le trou du présent. L'État letton détient 88 % du capital, Lufthansa 10 %.

L'analyse de l'APNA:

Amputer un tiers de sa flotte n'est pas un ajustement : c'est un changement de nature. Et la décroissance, contrairement à la croissance, se paie en hommes. Les pilotes d'abord — car ce sont les meilleurs, les plus employables ailleurs (notamment les TRI-TRE), qui partent les premiers. airBaltic risque de perdre un capital humain qu'elle peinera à reconstituer le jour venu. Quant aux cadets en formation, promis hier à une flotte en expansion, ils héritent au mieux d'une longue attente, au pire d'une porte close.

Trois failles se cumulent. L'absence de couverture pétrole, d'abord : quand le kérosène s'envole, chaque hausse devient une saignée directe. La dépendance à l'ACMI ensuite — ce vase d'expansion des grandes compagnies, donc le premier contrat coupé au moindre coup dur. Enfin la monoflotte intégrale d'A220 : un ennui moteur Pratt & Whitney ne touche pas une partie des avions, il paralyse la compagnie tout entière. Un emprunt gagé à 14,5 % en dit long sur l'urgence.

Le pari de la décroissance ne tiendra qu'à une condition : que la crise reste circonscrite à airBaltic. Que le kérosène flambe pour tout le secteur, et aucune restructuration ne suffira. Signe qui ne trompe pas : Volotea s'engage dans la même voie de la réduction de flotte, avec exactement la même faille — pas de couverture carburant.

Source : https://www.aerobuzz.fr/transport-aerien/airbaltic-reduit-fortement-sa-flotte-dairbus-a220/

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