24 raffineries françaises en 1975, 6 aujourd'hui
La fermeture de facto du détroit d'Ormuz par l'Iran, dans le contexte de la reprise de la guerre avec les États-Unis, prive l'Europe de la moitié de ses approvisionnements en kérosène habituellement issus du Golfe. Les stocks européens sont tombés à environ 38 millions de barils début juin (contre 99 aux États-Unis), soit moins de 30 jours de couverture — le niveau le plus critique des grands marchés.
Malgré des importations records depuis les États-Unis et l'Asie (673 000 b/j en juin) et une production accrue des raffineries, Rystad et Goldman Sachs anticipent un déficit proche de 600 000 b/j au troisième trimestre. La Suisse est déjà sous son seuil légal de réserves. Compagnies et aéroports se préparent à des annulations ciblées, les plateformes régionales étant les plus exposées. La Commission européenne a présenté un plan d'urgence (libération de réserves stratégiques, achats communs) mais reconnaît un risque de tensions à court terme.
L'analyse de l'APNA:
Pas de panique côté français : le gouvernement s'est engagé à garantir l'approvisionnement en kérosène sur l'ensemble de l'été en puisant dans nos réserves stratégiques, réputées couvrir près de 90 jours de consommation en pétrole brut et 60 jours en kérosène couvrant une absence totale de production/livraison ce qui n'est pas le cas actuellement. Un matelas confortable, bien supérieur aux « 30 jours » européens évoqués dans l'article. Et le calendrier joue en notre faveur : dès l'automne, la demande de carburéacteur chute nettement avec la fin de la saison touristique, pendant que les circuits d'importation alternatifs (États-Unis et Asie-Pacifique, tous deux excédentaires) montent en puissance. Le pic de tension pourrait donc être derrière nous avant l'hiver.
Reste la vraie question, celle que cette crise met crûment en lumière : notre dépendance aux importations. En capacité, le raffinage français est passé d'environ 98 Mt/an en 2009 à 58 aujourd'hui ; en nombre de sites, de 24 raffineries en 1975 à seulement 6 en métropole, après les fermetures de Dunkerque, Berre, Petit-Couronne ou Reichstett et les reconversions de La Mède et Grandpuits. Vivre sur des réserves stratégiques, c'est gagner du temps, pas régler le problème. Sans un vrai plan d'investissement dans le raffinage national — souveraineté énergétique oblige —, la prochaine fermeture d'Ormuz nous retrouvera aussi vulnérables. Espérons que la leçon soit enfin retenue.