Rationnement du kérosène : l’aérien européen à l’épreuve du réel
Malgré la guerre en Iran et l’envolée des prix du kérosène, Lufthansa et Ryanair maintiennent des programmes été 2026 en forte croissance, misant sur une demande encore dynamique en Europe et à l’international.
Lufthansa prévoit jusqu’à 1 600 vols supplémentaires et renforce son long-courrier, notamment vers l’Inde, tandis que Ryanair déploie un programme record au Royaume-Uni avec près de 200 lignes et une hausse significative des fréquences loisirs.
En parallèle, les deux groupes préparent des scénarios de réduction d’activité directement indexés sur le coût et la disponibilité du carburant.
Lufthansa envisage ainsi de clouer au sol jusqu’à 5 % de sa flotte, tandis que Ryanair alerte sur un risque de pénurie pouvant affecter jusqu’à 25 % des volumes en pleine saison estivale.
Le kérosène, désormais autour de 200 dollars le baril, devient la variable d’ajustement centrale du secteur.
L'analyse de l'APNA:
Ce que révèle cette séquence, c’est une tension durable entre une demande structurellement forte et une offre désormais contrainte par l’énergie. Les programmes de croissance, conçus avant la crise iranienne, se heurtent à une nouvelle réalité : l’ajustement permanent des capacités devient la norme. Un second risque apparaît déjà, celui d’une surcapacité si les hubs du Golfe retrouvent rapidement leur niveau d’activité, d’autant que la pénurie de kérosène en Europe, en cas de blocage prolongé du détroit d’Ormuz, ne devrait pas les affecter.
L’exemple italien illustre cette bascule. Les restrictions à Milan-Linate, Venise, Trévise et Bologne, avec des plafonds autour de 2 000 litres et des priorités aux vols essentiels, traduisent une contrainte désormais physique. Le marché ne fait plus face à une simple hausse des coûts, mais à un début de rationnement opérationnel.
L’inconnue devient temporelle : si l’approvisionnement reste durablement dégradé, ces limitations pourraient s’étendre : la Commission Européenne évoque la préparation de scénarios extrêmes, incluant même un rationnement possible du diesel ou du kérosène.
Nous entrons dans une logique où l’offre dépend directement de l’énergie disponible, avec un double risque : pénurie aujourd’hui, surcapacité demain.