Kérosène : la prochaine crise aérienne ?
Le pétrolier « New Vision », chargé de 2 millions de barils, est l’un des derniers navires à avoir franchi le détroit d’Ormuz avant son blocage.
Son arrivée imminente au Havre illustre une réalité souvent mal perçue : jusqu’à présent, l’approvisionnement pétrolier de l’Europe est resté globalement normal en mars, avec des flux encore soutenus depuis le Golfe.
La rupture ne se matérialisera qu’en avril, avec une chute attendue des importations en provenance du Golfe, passant d’environ 225 000 à 66 000 barils par jour pour la France.
Cette baisse sera partiellement compensée par d’autres fournisseurs (États-Unis, Afrique, Amérique du Sud), sans effet immédiat visible sur les stocks.
La situation dépend désormais d’une éventuelle réouverture du détroit d’Ormuz. Mais même dans ce scénario, deux délais incompressibles pèseront : environ cinq semaines de délai de transport maritime, et plusieurs semaines supplémentaires pour remettre en production certains puits ou infrastructures endommagées.
L'analyse de l'APNA:
La crise aérienne qui s’annonce ne sera ni instantanée, ni linéaire. Si quelques jours ont suffi pour paralyser le trafic maritime et une partie des installations du Golfe, le retour à la normale sera, lui, profondément chaotique.
Plus de 40 infrastructures énergétiques ont été gravement touchées au Moyen-Orient. Au Qatar, le site de Ras Laffan pourrait nécessiter de trois à cinq ans de réparation, avec déjà 17 % de sa capacité affectée. Cette réalité industrielle est déterminante : la question n’est plus seulement d’acheminer du pétrole, mais de savoir s’il peut être produit et traité.
Les champs totalement arrêtés mettront du temps à retrouver leur pression nominale, condition indispensable à une production stable. Même les installations partiellement actives ne redémarreront que progressivement. À cela s’ajoute une contrainte souvent ignorée : il faudra d’abord évacuer les stocks accumulés dans les ports du Golfe, ce qui suppose une réouverture complète d’Ormuz.
Enfin, le goulet d’étranglement du raffinage, notamment pour le kérosène, reste entier. Pour l’aérien, la crise sera donc décalée, mais potentiellement durable et structurelle.