Pétrole à 72 dollars, kérosène à 120 : l'écart qui ruine les compagnies aériennes
Dix jours après la signature du protocole irano-américain, le Brent a chuté de 115 à 72 dollars le baril, effaçant ainsi presque intégralement la prime de guerre. La reprise du trafic dans le détroit reste partielle (record à 8,8 mb/j contre ~10 mb/j avant la guerre) et les risques géopolitiques persistent — attaque de l'Ever Lovely jeudi, échanges de frappes américano-iraniens vendredi-samedi. Analystes et dirigeants, dont Patrick Pouyanné (TotalEnergies), jugent la détente excessive.
La baisse structurelle s'explique par trois facteurs : sortie des Émirats de l'OPEP, possible retour du brut iranien sur les marchés, et effondrement de la demande asiatique — les raffineries ayant déjà sécurisé leurs approvisionnements août auprès de fournisseurs alternatifs (États-Unis, Brésil). La prime de risque s'est « complètement dégonflée », selon Deloitte, alors même que les négociations restent ouvertes et les infrastructures partiellement détruites.
L'analyse de l'APNA:
Le jet fuel spread est le révélateur caché de la crise.
La dégringolade du brut masque une réalité plus inconfortable pour les compagnies aériennes : le crack spread du jet fuel — écart entre le prix du kérosène et celui du brut — reste anormalement élevé. En janvier 2026, il oscillait entre 15 et 20 dollars par baril, dans sa fourchette historique. Au plus fort de la crise Ormuz (mars–avril), il a bondi au-delà de 70 à 80 dollars, le jet fuel subissant un double choc : rareté physique spécifique (20 % du transport maritime mondial de kérosène bloqué) et détournement des flux vers des raffineries plus éloignées, augmentant les coûts logistiques.
Avec le Brent à 72 dollars et le jet fuel encore autour de 120 dollars le baril, le spread reste deux à trois fois supérieur à sa normale. Résultat : les compagnies non couvertes, qui espéraient bénéficier pleinement de la baisse du brut, ne la voient qu'en partie dans leur facture carburant. Les compagnies couvertes à la hausse, elles, supportent un coût d'opportunité croissant. La normalisation du spread — conditionnée au plein rétablissement des flux Ormuz et à la remontée en charge des raffineries asiatiques et Koweitiennes — restera le vrai baromètre de la santé financière du secteur, bien plus que le seul cours du Brent.