Ormuz : quatre inconnuesavant un retour à la normale
Le FMI, la Banque mondiale, l’AIE et l’OMC alertent sur un risque de pénurie pétrolière dès cet été si le trafic maritime ne retrouve pas rapidement un niveau normal dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitent habituellement près de 20 % des hydrocarbures mondiaux. Les perturbations liées au conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran ont déjà provoqué une baisse rapide des stocks mondiaux.
Les organisations internationales estiment que les réserves disponibles pourraient devenir insuffisantes pour absorber le pic de consommation estival de l’hémisphère Nord. Si les stocks stratégiques ont jusqu’ici permis d’amortir le choc, leur utilisation ne constitue qu’une solution temporaire.
Pour le transport aérien, dont le carburant représentait historiquement environ 25 % des coûts mais avec des pics à 45 %, les conséquences pourraient être majeures. Réduction des capacités, hausse des tarifs et fragilisation des compagnies les plus exposées figurent parmi les scénarios envisagés, notamment en Asie où la dépendance aux approvisionnements du Golfe est particulièrement forte.
L'analyse de l'APNA:
L’enjeu ne concerne pas seulement le pétrole brut mais aussi les carburants raffinés. Ormuz constitue la principale voie d’exportation de nombreuses raffineries du Golfe, alors que l’Europe a progressivement réduit ses propres capacités de raffinage au cours des dernières décennies.
Quatre inconnues demeurent. La première concerne la capacité des producteurs hors Golfe à augmenter leur production alors que beaucoup fonctionnent déjà à des niveaux élevés. La deuxième porte sur l’état réel des raffineries touchées par le conflit, dont certaines pourraient nécessiter plusieurs mois, voire plusieurs années, de réparations. La troisième concerne l’ampleur exacte des stocks stratégiques par produit (essence, diesel, kérosène), données largement confidentielles. Enfin, reste la question de la volonté politique d’utiliser davantage ces réserves dans un contexte géopolitique particulièrement instable.
Même en cas de réouverture rapide d’Ormuz, le retour à la normale pourrait prendre plusieurs mois. Si le gouvernement français semble avoir sécurisé l’approvisionnement en kérosène au départ du territoire national, la disponibilité du carburant pourrait devenir un sujet critique dans certaines régions du monde, notamment en Asie du Sud-Est.