Décrochage aérien français : une fiscalité qui détourne les flux
Si le trafic aérien européen dépassait en 2025 de 6,6 % son niveau de 2019, de son côté, la France est restée en retrait de 1,8 %, avec près de 3,8 millions de passagers manquants et cela avant même les effets négatifs de la guerre d’Iran.
Cette contre-performance contraste fortement avec ses voisins : l’Italie (+18,7 %), l’Espagne (+17,0 %) et le Portugal (+22,6 %). En cause, une fiscalité accrue avec la hausse de la Taxe de Solidarité sur les Billets d’Avions (TSBA) et du Tarif de Sûreté et de Sécurité (T2S), qui renchérit les coûts et détourne les compagnies, notamment low-cost, des aéroports français.
Plusieurs compagnies ont réduit leurs programmes, entraînant la suppression de lignes et une perte attendue d’un million de passagers en 2026.
Parallèlement, la stratégie du groupe Air France, recentrée sur le hub de Paris-Charles de Gaulle Airport, accentue le recul du trafic domestique, en forte baisse depuis 2019, tandis que seul l’international soutient encore la croissance.
L'analyse de l'APNA:
Soutenir la pénalisation par la taxation des passagers, qui constituent pourtant le cœur de contribution aux recettes touristiques et aux entrées de devises, relève d’un contresens économique majeur : chaque passager international génère bien plus de valeur pour l’économie française que les taxes additionnelles prélevées sur son billet. En ciblant ces flux, la France affaiblit directement son attractivité face à ses concurrents européens.
Cette logique est d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne d’une dégradation du niveau de service, en particulier du contrôle aérien.
Le manque structurel de contrôleurs, aggravé par l’incapacité de l’administration à recruter sous contrainte du plafond de fonctionnaires, pèse directement sur la performance opérationnelle des hubs comme Paris-Charles de Gaulle Airport.
L'incohérence politique est manifeste : les taxes augmentent sous couvert de politique environnementale et dans le même temps, la qualité du service rendu diminue.
Sans fléchage des taxes vers la décarbonation de l'aérien et sans réforme structurelle, notamment via une transformation du contrôle aérien en agence dotée d’objectifs de performance et de moyens adaptés, cette dégradation est appelée à se poursuivre.