De la raffinerie à l’aérien : Taxer ici, produire ailleurs : la mécanique du déclassement

En cinquante ans, la France a vu disparaître les trois quarts de ses raffineries, passant de 24 à 6 sites, avec une chute massive des emplois et des capacités industrielles.

Cette évolution résulte de choix énergétiques (essor du nucléaire), de déséquilibres fiscaux (diésélisation), mais surtout d’une perte de compétitivité face à des régions moins contraintes. Aujourd’hui, la France importe plus de 99 % de son pétrole brut et dépend fortement de produits raffinés étrangers, dont 17 % du kérosène et 50 % du gazole.

Dans un contexte de tensions géopolitiques, cette dépendance devient critique. Pourtant, les perspectives d’investissement restent bloquées par une transition énergétique qui organise la baisse de la demande sans sécuriser l’offre.

Les projets de reconversion en biocarburants ou en carburants d’aviation durable (SAF), comme à Grandpuits, suscitent des oppositions d’ONG qui dénoncent une « fausse transition », préférant réduire le transport aérien plutôt que décarboner ses carburants.

L'analyse de l'APNA:

Cet épisode illustre une dérive majeure : une transition énergétique pilotée par le rejet de l’aérien plutôt que par la transformation. En s’opposant aux projets de SAF, certaines ONG bloquent l’un des rares leviers immédiatement disponibles pour décarboner l’aérien. Refuser ces solutions au nom d’une pureté idéologique revient à organiser la dépendance aux importations.

Le mécanisme est désormais bien connu : on ferme ou on contraint les capacités industrielles locales, puis on importe les mêmes produits, souvent avec une empreinte carbone plus élevée. Cette hypocrisie écologique se retrouve dans l’aérien, où la surtaxation française et européenne prétend réduire le trafic… mais ne fait que le transférer vers des acteurs comme Turkish Airlines, Qatar Airways ou Emirates.

Pendant que l’Europe s’impose des contraintes unilatérales, ces compagnies captent la croissance mondiale. Résultat : perte de souveraineté, affaiblissement industriel et transfert de valeur. À force de refuser les solutions imparfaites, on construit une impasse stratégique.

Source : https://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2026/05/07/comment-la-france-a-perdu-les-trois-quarts-de-ses-raffineries-de-petrole-en-un-demi-siecle_6686446_1656968.html

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