Choc carburant : une crise de coûts, pas de demande

La flambée du kérosène, liée aux tensions au Moyen-Orient, fragilise le secteur aérien sans provoquer de rupture majeure. Les hausses tarifaires n’ayant pas suffi, les compagnies procèdent à des ajustements limités, avec 1 à 2 % d’annulations, traduisant une adaptation prudente.

Même les acteurs les mieux protégés sont touchés. Ryanair, couvert à 80 %, subit 50 millions $ de surcoûts mensuels, pouvant atteindre 600 millions $ par an. Elle anticipe en sécurisant des couvertures en 2027 autour de 800 $/tonne, bien en dessous des ~1.500 $ actuels, montrant la confiance des marchés financiers dans la temporalité de la crise.

À ce stade, le secteur ajuste ses capacités, mais une crise prolongée pourrait freiner la croissance et accélérer la consolidation. Les scénarios du cabinet Cirium montrent une capacité mondiale en 2026 comprise entre -3 % et +3 %, écartant un effondrement du trafic.

L'analyse de l'APNA:

La crise du kérosène, si temporaire, s’inscrit dans une logique cyclique, qui ne devrait pas remettre en cause la croissance structurelle du transport aérien. Elle pourrait toutefois révéler les fragilités du modèle ultra low cost, fondé sur des coûts très bas et une forte élasticité-prix. La hausse du carburant augmente le CSKO, difficilement répercutable sans peser sur la demande. Les compagnies privilégient donc des ajustements ciblés de capacité plutôt qu’une hausse brutale des prix, pilotant finement leurs programmes de vols.

Les écarts de résilience se creusent : Ryanair absorbe mieux le choc grâce à ses couvertures carburant, tandis que Wizz Air apparaît plus vulnérable en raison de son réseau au Moyen-Orient et une couverture carburant à 50% seulement. D’autres acteurs plus fragiles, notamment français, disposent de faibles réserves financières et pas de couverture carburant.

Selon le Cabinet Teneo, les 24% de hausse des prix des billets d’avion depuis la crise d’Ormuz pourrait entraîner une baisse de la demande de 5 à 7 %, imposant un ajustement de l’offre.

Dans une hypothèse optimiste de réglement du conflit d'ici l'été, le secteur pourrait absorber le choc via hausses tarifaires et rationalisation des réseaux. La croissance pourrait alors reprendre dans les pays les moins fiscalisés (Espagne, Italie), mais au prix probable de faillites à l’automne, favorisant les acteurs les mieux couverts et les plus résilients.

En revanche, un enlisement de long terme générera des pénuries et logiquement une crise économique avec l'effet multiplicateur habituel de 1,7 à 2 propre à l'aérien.

Source : https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/fermeture-de-lignes-perspectives-de-croissance-en-berne-les-compagnies-aeriennes-low-cost-menacees-par-une-hecatombe-2228766

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