KLM, le maillon faible du groupe AF-KLM
Air France-KLM poursuit sa transformation organisationnelle avec la création d’un poste de Chief Operating Officer (COO) confié à Oltion Carkaxhija, proche collaborateur de Ben Smith, chargé d’accélérer l’intégration entre KLM et SAS. Cette décision traduit un mouvement vers une gouvernance plus centralisée du groupe, inspirée du modèle Lufthansa. Si officiellement KLM conserve son autonomie, le pouvoir opérationnel se déplace progressivement vers Paris, ce qui alimente les tensions internes à Amstelveen. Les syndicats néerlandais observent ces changements avec prudence, certains y voyant une opportunité d’efficacité accrue, d’autres une perte d’indépendance.
En parallèle, un rapport du cabinet EY, commandé par le ministère néerlandais des Finances, dresse un constat alarmant sur la santé financière de KLM. La compagnie affiche une rentabilité en forte baisse (marge à 3,1 % contre 13 % pour le secteur), une solvabilité inquiétante (7 % contre 22 % en moyenne), et une dépendance élevée aux financements externes. L’augmentation des coûts de personnel, la hausse des redevances aéroportuaires à Schiphol (+41 %), les restrictions environnementales et la pression fiscale croissante rendent son redressement particulièrement difficile. EY alerte l’État néerlandais sur le risque d’un nouveau recours à l’aide publique, recommandant la mise en place d’indicateurs d’alerte et de scénarios de crise.
L'analyse de l'APNA:
Ces deux articles illustrent la double fracture qui traverse aujourd’hui le couple Air France-KLM : d’un côté, une volonté de centralisation stratégique assumée par Paris pour restaurer l’efficacité du groupe ; de l’autre, une défiance croissante d’Amsterdam, où la fierté nationale de KLM se heurte à une réalité économique de plus en plus fragile.
Depuis la fusion de 2004, KLM n’a jamais digéré que son partenaire français, jugé alors moins rentable et plus syndicalisé, prenne progressivement le contrôle du groupe. Vingt ans plus tard, le retournement est total : Air France, redressée par Ben Smith, tire aujourd’hui le groupe vers le haut, tandis que KLM s’enfonce dans ses contradictions. La compagnie, jadis modèle d’efficacité, paie désormais le prix d’un environnement politique devenu ouvertement hostile à l’aérien.
L’État néerlandais, qui s’était imposé en 2019 dans le capital d’Air France-KLM pour « défendre KLM », sans même en avertir Paris, mène aujourd’hui une politique schizophrène : augmentation des taxes, plafonnement des vols à Schiphol, discours anti-aviation dans un pays qui dépend pourtant du transport aérien pour son rayonnement économique. Le gouvernement dénigre désormais son premier employeur privé, tout en s’inquiétant des pertes financières qu’il contribue à aggraver.
Dans ce contexte, la nomination d’un COO de groupe n’est pas un coup de force français, mais une nécessité de survie industrielle. L’intégration accrue d’Air France, KLM et demain SAS répond à une logique d’efficacité dans un environnement européen dominé par des concurrents intégrés et puissants. Ce n’est pas le centralisme français qui menace KLM, mais bien l’aveuglement politique des Pays-Bas, enfermés dans un discours écologiste punitif et une fiscalité qui mine leur propre compétitivité.
En somme, l’histoire se répète : après avoir accusé Air France de plomber le groupe, KLM découvre qu’elle est à son tour victime d’un modèle national qui sacrifie l’aérien sur l’autel de la vertu politique.
Sources :