Arabie saoudite : quand un État hyper-financé bâtit une machine aérienne destinée à siphonner le trafic mondial
Avec plus de 100 milliards de dollars d’investissements et l’ambition d’accueillir 330 millions de passagers, l’Arabie saoudite déploie une stratégie aérienne et touristique d’une ampleur inédite dans l’histoire moderne.
À travers Riyadh Air, la montée en puissance de Saudia, la création de nouveaux transporteurs, et la construction d’un méga-hub de 120 à 185 millions de passagers, le Royaume saoudien fait clairement le choix d’utiliser l’aérien comme vecteur de puissance et diversification économique dans le cadre de Vision 2030.
Giga-projets touristiques, visas libéralisés, infrastructures gigantesques, compagnies « premium » et low-cost intégrées : tout concourt à transformer le pays en un nouveau centre de gravité entre Europe, Asie et Afrique.
Mais cette offensive, qui s’ajoute à celles d’Emirates, Qatar Airways ou Etihad depuis vingt ans, repose sur des moyens financiers étatiques sans limite, des logiques industrielles déconnectées des réalités économiques du secteur, et soulève de lourdes critiques environnementales et géopolitiques.
L'analyse de l'APNA:
Ce qui se joue ici dépasse très largement la simple montée en puissance d’un nouvel acteur du Golfe : l’Arabie saoudite construit une machine aérienne d’État, exactement comme l’ont fait les Émirats ou le Qatar, avec une logique assumée de captation du trafic occidental.
Soyons clairs : aucune compagnie européenne — pas même Lufthansa, Air France-KLM ou British Airways — n’a la capacité, financière ou réglementaire, de rivaliser avec des transporteurs dont les pertes éventuelles n’ont aucune importance et dont la mission n’est pas de dégager un rendement, mais d’exécuter une politique de puissance nationale.
Les Saoudiens appliquent désormais ce modèle à grande échelle, avec :
un hub dimensionné pour aspirer le transit mondial,
des commandes d’avions massives soutenues par le PIF, Public Investment Fund de 1000 MdS $
des compagnies alignées sur une stratégie d’État unique,
un avantage structurel rendu possible par une absence totale de fiscalité sur le secteur.
Le Royaume saoudien a parfaitement compris que le ciel est un outil stratégique, pas le marché libre naïf d’une Union européenne corseté dans son mantra d’une concurrence libre qui l’ éviscère dans un monde de compétition étatique brutale.