ADP : un nouveau cycle d’investissements accompagnant une croissance de 1,6% annuel… garanti par un monopole qui prospère
Le Groupe ADP présente le cadre du Contrat de Régulation Économique (CRE) 2027-2034, mécanisme qui encadre les tarifs, la rentabilité et les investissements d’un exploitant aéroportuaire en situation de monopole.
Ce CRE exceptionnellement long fixe plus de 8,4 milliards d’euros d’investissements, notamment pour moderniser les terminaux, digitaliser les parcours passagers et accélérer la transition environnementale.
Près de 40 % des montants seraient consacrés à la décarbonation dans le cadre du programme « Pégase » et à la préparation des infrastructures SAF et électriques.
ADP propose une augmentation annuelle des redevances équivalente à l’IPCH + 2,6 points sur la base d’une croissance modérée du trafic de +1,6 % par an, portant la fréquentation à 120–125 millions de passagers en 2034.
Il appartiendra à l'Autorité de Régulation des Transports (ART) d'amender et in fine valider les dispositions du Contrat de Régulation Economique.
L'analyse de l'APNA:
Derrière le discours vertueux d’ADP sur la transition environnementale, il faut rappeler que les grands hubs sont des monopoles naturels : une compagnie basée ne peut déplacer son hub.
Aux États-Unis, où la liberté d’entreprise est un dogme, le secrétaire aux Transports rappelait qu’on ne privatise pas un monopole ; seules les aérogares peuvent l’être.
En France, pays des monopoles aéroportuaires, la question est la capacité du système de régulation à maintenir un cadre économique compatible avec la compétitivité du transport aérien français.
Deux éléments sont déterminants.
D’abord, le système de caisse : la France utilise une caisse double, qui sépare strictement activités aéronautiques et commerciales.
Ce modèle limite la contribution des revenus commerces/parkings à la modération des redevances et ne reconnaît pas suffisamment le rôle d’apporteur d’affaires des compagnies qui amènent vers les commerces, parkings et services la quasi-totalité des clients d’ADP.
Une caisse unique serait totalement légitime.
Ensuite, l’indépendance du régulateur : l’Autorité de régulation des transports (ART) constitue un contre-poids essentiel, garant d’un cadre tarifaire compatible avec la compétitivité du transport aérien français.
Dans une France impécunieuse, la tentation est grande pour un gouvernement de croire en l'argent magique, tuant au passage l'écosystème du transport aérien français.