Les compagnies aériennes françaises en danger de surtaxation

À la recherche de recettes, le nouveau gouvernement prévoit la multiplication par 3 de la taxe de solidarité sur les billets d’avion qui a rapporté 460 millions d’euros à l’Etat français en 2023. L’objectif affiché par le gouvernement est de faire contribuer les compagnies aériennes au comblement du déficit du budget de l’Etat à hauteur de 1 milliards d’euros, en les répercutant sur le prix des billets d’avion, non pas proportionnellement, mais en ciblant principalement les hautes contributions, telles que l’aviation d’affaires et les classes business. D’après les premières estimations, un billet en « business » pourrait coûter 200 euros plus cher en moyenne, et « quelques dizaines d’euros » en classe éco.

L'analyse de l'APNA :

1- L’écologiste anti aérien, Jean-Marc Jancovici, fait une analyse réaliste des conséquences de cette taxe nationale qui oublie que la France n’est pas un ilot indépendant du reste du monde : « L'idéal serait évidemment que cette taxe soit européenne et non uniquement française. En effet, dans le second cas, les compagnies européennes qui opèrent à partir d'un hub situé hors de France ne se feront probablement taxer que sur le vol de rabattement vers leur hub, le long courrier au départ du hub (situé à l'étranger) n'étant lui pas soumis à cette fiscalité. Mais avec tout impôt, dans une économie mondialisée il y a un risque de dumping fiscal ou social "ailleurs" ». Nous ne pouvons qu’ajouter que l’impact écologique sera donc quasi nul sur le long courrier puisqu’effectué à partir de bases étrangères aux fins d’évitement des taxes françaises, mais que l’emploi français et les 2,5 MDS € de recettes fiscales provenant des compagnies aériennes françaises seront réduites d’autant à l’avenir. En bon gestionnaire de ses finances, le gouvernement français devrait signer un contrat d’apporteurs d’affaires, notamment avec Turkish Airlines afin de prendre sa légitime part du bénéfice attendu par les Turcs et autres Hub européens et non européens par cette taxe irréfléchie.

2- La conclusion revient à Willie Walsh de IATA :« Le gouvernement est-il conscient que la France accueille moins de passagers et dessert moins de destinations qu'avant la pandémie. Le ministre du Tourisme ne craint-il pas que l'objectif d'atteindre 100 millions de touristes soit compromis par ces taxes ? Comment le ministre de l'Environnement pense-t-il que le fait de retirer 1 milliard d'euros de l'aviation française contribuera à la transition extrêmement coûteuse vers des carburants d'aviation durables ? La seule réponse possible au déficit français est de faire croître son économie et élargir sa base fiscale, et non pas de taxer les secteurs productifs de l’économie jusqu’à la paralysie ». Anne Rigail, DG d’Air France, ajoute :« L'élasticité des prix n'est pas infinie. Et plus on augmente les taxes et plus nous aurons du mal à financer la décarbonation, si ces taxes ne sont pas destinées à cette décarbonation ». Le récent rapport Draghi reconnaît que l'aviation européenne aura besoin de 61 milliards d'euros par an pour parvenir à son objectif de neutralité carbone. En fait, c'est un soutien financier accru de la part du gouvernement qui est nécessaire pour lui permettre d’atteindre les objectifs, et non des taxes supplémentaires qui vont détruire son écosystème et les secteurs qui en dépendent, tel que le tourisme. ».

L'Etat est budgétairement acculé. Le gouvernement prête l’idée que ce sont les finances publiques qui vont mal, mais que l'économie française se porte bien, ce sera bientôt de l'histoire ancienne si on augmente les impôts et les taxes et si on change les règles à contrecourant d’autres pays européens tels que l'Autriche, l'Irlande et tout récemment la Suède, qui ont décidé de réduire la taxation du transport aérien, pour relancer leurs économies.

Source : https://www.air-journal.fr/2024-10-02-le-secteur-aerien-francais-sous-la-menace-dune-augmentation-de-la-taxe-sur-les-billets-5258339.html

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