IA : quand les métiers “intellectuels” redécouvrent ce que les pilotes savent déjà

Dans cette tribune, Olivier Babeau, président de l'Institut Sapiens, et Aymar Monnoyeur, fondateur du cabinet de conseil Businesscoot, tirent une leçon très concrète de l’irruption de l’IA dans les métiers de l’analyse d’information : ce que la machine automatise, ce sont les tâches de compilation et de reformulation ; ce qu’elle ne remplace pas, ce sont les compétences humaines face à l’incertain.

Dans la société Businesscoot, quinze analystes juniors ont été remplacés par deux profils capables d’aller chercher ce que l’IA ne voit pas : données fermées, signaux faibles, non-dits, responsabilité du résultat.

Les auteurs appellent donc les écoles de commerce à former non plus des “analystes”, mais des enquêteurs, responsables de leurs conclusions devant un client ou une organisation.

L'analyse de l'APNA:

Ce que les écoles de commerce découvrent aujourd’hui sous la pression de l’IA, l’aéronautique l’a intégré depuis des décennies.

Le métier de pilote n’est plus un métier d’exécution technique, mais un métier de gestion de situations complexes, où les compétences clés sont non techniques : gestion de l’imprévu, prise de décision avec une information incomplète, esprit critique face aux automatismes, travail en équipage et responsabilité du résultat.

L’aviation a compris très tôt que l’automatisation ne supprime pas l’humain, elle en déplace la responsabilité.

Plus les systèmes sont performants, plus l’opérateur doit en connaître les limites, détecter les signaux faibles et reprendre la main lorsque la situation sort du cadre nominal.

C’est exactement ce que décrivent Babeau et Monnoyeur pour les métiers de l’analyse : l’IA excelle dans le standardisé, comme un pilote automatique ; la valeur humaine commence quand le réel devient ambigu, contradictoire ou inédit.

Former des professionnels « augmentés » par l’IA sans les former à l’enquête, au doute et à la responsabilité, c’est former des exécutants, pas des décideurs.

Ironie du moment : alors que l’aérien constitue un modèle abouti de coexistence homme-machine, il reste caricaturé comme remplaçable par des algorithmes.

La leçon est pourtant claire : l’IA ne supprime pas les métiers, elle supprime ceux qui n’assument plus l’imprévisible. D’où l’urgence d’intégrer pleinement le Competency Based Training and Assessment (CBTA) dès la formation initiale.

Source : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/avec-lia-nous-sommes-passes-de-quinze-analystes-juniors-a-deux-pourquoi-les-ecoles-de-commerce-ne-doivent-plus-former-a-lanalyse-mais-a-lenquete-2206542

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