Dans le monde du rapport de force, l’Europe doit choisir la coopérationou le déclassement
La domination de SpaceX atteint en 2025 un niveau inédit : plus de 165 lancements réussis, soit plus de la moitié des tirs mondiaux, portés par une stratégie d’intégration verticale, de subventions massives et de commandes publiques captives.
Les États-Unis, bientôt rejoints par la Chine, ont clairement basculé dans une économie de puissance où le spatial est un outil stratégique assumé.
Face à ce duopole, l’Europe « sauve la face » avec 8 lancements réussis en 2025 et l’entrée en service d’Ariane 6, retrouvant un accès autonome à l’espace et préservant un savoir-faire industriel essentiel.
Mais cet effort reste défensif. Dans un monde où la loi du plus fort s’impose, le modèle européen du libre-échange naïf montre ses limites : dans le spatial, comme dans l’aérien, ce sont les acteurs les plus subventionnés qui raflent le marché.
L'analyse de l'APNA:
Le spatial illustre brutalement ce que l’aérien connaît depuis longtemps : la concurrence « pure et parfaite » n’existe plus.
SpaceX n’a pas gagné par la magie du marché, mais par une stratégie étatique cohérente mêlant subventions, commandes institutionnelles et protection réglementaire.
Résultat : un quasi-monopole mondial.
Dans l’aérien, l’Europe persiste pourtant à jouer les vierges effarouchées du libre-échange. Les compagnies du Golfe, lourdement subventionnées, ont bâti leurs hubs sur des décennies de soutien public.
Les ultra low-cost européennes prospèrent, elles aussi, grâce à des subventions régionales déguisées en contrat marketing, arrachées en mettant en concurrence des aéroports sous-utilisés, au mépris des règles européennes elles-mêmes.
Face à ces pratiques, l’Europe ne peut plus se contenter d’incantations morales et de règles qu’elle est la seule à appliquer.
La réponse passe par une coopération renforcée entre États européens, une politique industrielle assumée et une défense ferme de ses intérêts stratégiques.
Ariane 6 n’est pas seulement une fusée : c’est un avertissement. Sans vision commune, sans préférence européenne, sans arrêt de la concurrence interne suicidaire, l’Europe restera spectatrice d’un monde dominé par ceux qui ont compris que la puissance ne s’excuse pas, elle s’organise.